Loyers impayés : prévention, procédures et recours du bailleur

  • January 22, 2026
Loyers impayés : prévention, procédures et recours du bailleur

Loyers impayés : prévention, procédures et recours du bailleur

Les loyers impayés représentent la hantise de tout propriétaire bailleur. En France, on estime que 2 à 3 % des locataires sont en situation d'impayé à un instant donné. Si le pourcentage paraît faible, les conséquences financières pour le bailleur peuvent être considérables : plusieurs mois de loyers perdus, frais de procédure, logement immobilisé pendant des mois, voire des années.

La bonne nouvelle, c'est qu'il existe des moyens de prévention efficaces (garanties, assurances) et des procédures légales encadrées pour récupérer votre dû. Ce guide détaille l'ensemble des options à votre disposition, de la prévention à l'expulsion, en passant par les recours amiables et judiciaires.


Prévenir les impayés : la meilleure stratégie

La prévention reste le meilleur rempart contre les loyers impayés. Plusieurs leviers permettent de réduire significativement le risque.

Sélectionner rigoureusement le locataire

La première ligne de défense est la sélection du dossier locataire. La règle d'usage est que les revenus nets du locataire doivent représenter au moins 3 fois le montant du loyer charges comprises.

Vous pouvez demander :

  • Les 3 derniers bulletins de salaire ou avis d'imposition
  • Le contrat de travail (CDI, CDD, intérim)
  • Le dernier avis d'imposition
  • Les 3 dernières quittances de loyer du précédent logement

Attention : la loi interdit de demander certains documents (relevés bancaires, photo d'identité non liée au dossier, attestation de bonne tenue de compte, etc.). Consultez la liste des pièces autorisées par le décret du 5 novembre 2015.

Exiger un garant (caution solidaire)

Le garant s'engage à payer le loyer en cas de défaillance du locataire. Privilégiez un garant en caution solidaire : cela vous permet de le solliciter directement, sans devoir d'abord épuiser les recours contre le locataire.

Le garant doit disposer de revenus suffisants (idéalement 4 fois le loyer). Son engagement doit figurer dans un acte de cautionnement annexé au bail.

Souscrire une GLI (Garantie Loyers Impayés)

La GLI est une assurance spécifiquement conçue pour couvrir le risque d'impayés. Elle offre une protection complète.

Ce que couvre la GLI :

  • Les loyers impayés (généralement sans plafond de durée ou avec un plafond élevé)
  • Les frais de procédure (commissaire de justice, avocat, tribunal)
  • Les dégradations locatives (au-delà de l'usure normale)
  • Parfois la vacance locative après expulsion

Coût : entre 2,5 % et 3,5 % du montant annuel des loyers charges comprises.

Condition essentielle : en cas d'impayé, vous devez déclarer le sinistre dans les 30 jours suivant le premier loyer impayé. Tout retard peut entraîner un refus de prise en charge.

Important : la GLI et le cautionnement par une personne physique sont cumulables uniquement si le locataire est étudiant ou apprenti. Dans les autres cas, vous devez choisir l'un ou l'autre.

Opter pour la garantie Visale

Visale est une garantie gratuite proposée par Action Logement. Elle fonctionne comme une caution se portant garante du locataire.

Ce que couvre Visale :

  • Les loyers impayés (dans la limite de 36 mensualités)
  • Les dégradations locatives (dans la limite de 2 mois de loyer)

Évolution importante : depuis janvier 2026, Visale est limitée aux 3 premières années du bail. Au-delà, la garantie cesse de s'appliquer et le bailleur n'est plus couvert.

Éligibilité :

  • Locataires de moins de 30 ans (sans condition)
  • Salariés de plus de 30 ans en mobilité, CDD, intérim, ou gagnant moins de 1 500 € nets
  • Le loyer ne doit pas dépasser un certain plafond selon la zone géographique

GLI vs Visale : tableau comparatif

CritèreGLIVisale
Coût pour le bailleur2,5 à 3,5 % du loyer annuelGratuit
Durée de couvertureToute la durée du bail3 premières années (depuis 2026)
Plafond d'indemnisationVariable (souvent élevé)36 mensualités maximum
Dégradations locativesCouvertes (selon contrat)Couvertes (2 mois de loyer max)
Frais de procédureCouvertsNon couverts
Cumul avec cautionNon (sauf étudiant/apprenti)Non
Éligibilité locataireConditions de solvabilitéConditions d'âge ou de situation
Délai de déclaration30 joursSelon procédure Action Logement

La procédure en cas d'impayé : étape par étape

Malgré toutes les précautions, un impayé peut survenir. Voici la marche à suivre, étape par étape.

Étape 1 : La relance amiable

Dès le premier retard de paiement, prenez contact avec votre locataire. Un simple oubli, un problème bancaire temporaire ou une difficulté passagère se règlent souvent par une conversation directe.

  • Appel téléphonique : premier réflexe, souvent le plus efficace
  • SMS ou email : pour garder une trace écrite
  • Courrier simple de rappel : formalisez la situation

Dans cette phase, essayez de comprendre la situation du locataire et proposez éventuellement un échéancier de paiement si la difficulté est temporaire.

Étape 2 : La mise en demeure

Si la relance amiable reste sans effet après 15 jours, envoyez une mise en demeure par lettre recommandée avec accusé de réception.

Cette lettre doit :

  • Rappeler le montant du loyer dû et la période concernée
  • Fixer un délai de paiement (généralement 8 à 15 jours)
  • Mentionner que sans règlement, vous engagerez une procédure judiciaire
  • Rappeler l'existence de la clause résolutoire si elle figure au bail

Conseil : envoyez simultanément une copie au garant s'il y en a un, et déclarez le sinistre à votre GLI si vous en avez une.

Étape 3 : Le commandement de payer

Sans réponse satisfaisante, faites délivrer un commandement de payer par un commissaire de justice (anciennement huissier de justice).

Ce document officiel :

  • Détaille les sommes dues (loyers, charges, intérêts de retard)
  • Accorde un délai de 2 mois au locataire pour régulariser sa situation
  • Fait courir le délai de la clause résolutoire du bail si elle existe

Le commandement de payer est le point de départ officiel de la procédure. Il est indispensable pour toute action judiciaire ultérieure.

Coût indicatif : entre 150 et 300 € (frais de commissaire de justice).

Étape 4 : La résiliation du bail

Si le locataire n'a pas payé dans les 2 mois suivant le commandement, deux situations se présentent :

Si le bail contient une clause résolutoire

C'est le cas le plus courant. La clause résolutoire prévoit la résiliation automatique du bail en cas d'impayé. Depuis la loi du 27 juillet 2023, le délai pour que la clause produise ses effets est de 6 semaines après le commandement de payer (contre 2 mois auparavant pour certaines situations).

Le bailleur doit néanmoins saisir le tribunal pour faire constater la résiliation et obtenir l'expulsion.

Rappel : vérifiez que votre bail contient bien une clause résolutoire. C'est le cas de la plupart des modèles conformes, mais une vérification s'impose.

Si le bail ne contient pas de clause résolutoire

Le bailleur doit demander au juge la résiliation judiciaire du bail. La procédure est plus longue car le juge apprécie souverainement si les manquements du locataire justifient la résiliation.

Étape 5 : L'audience au tribunal

Le bailleur saisit le tribunal judiciaire du lieu du logement. L'audience se déroule devant le juge des contentieux de la protection.

Le juge peut :

  • Constater la résiliation du bail (si clause résolutoire)
  • Prononcer la résiliation du bail (si pas de clause résolutoire)
  • Condamner le locataire au paiement des arriérés
  • Accorder des délais au locataire (jusqu'à 3 ans dans certains cas)
  • Ordonner l'expulsion

Point d'attention : le juge peut accorder des délais de paiement au locataire même en présence d'une clause résolutoire, s'il estime que le locataire est en capacité de régulariser sa situation.

Étape 6 : L'expulsion

Si le locataire ne quitte pas les lieux volontairement après la décision de justice, le bailleur doit faire signifier un commandement de quitter les lieux par commissaire de justice. Le locataire dispose alors d'un délai de 2 mois pour partir.

Passé ce délai, si le locataire est toujours présent, le commissaire de justice peut procéder à l'expulsion forcée avec le concours de la force publique si nécessaire.

La trêve hivernale

Attention au calendrier : aucune expulsion ne peut être exécutée pendant la trêve hivernale, qui court du 1er novembre au 31 mars de chaque année.

Cette période ne suspend pas la procédure judiciaire (vous pouvez obtenir un jugement pendant la trêve), mais l'exécution effective de l'expulsion est reportée à la fin de la trêve.

Exception : la trêve hivernale ne s'applique pas si un relogement adapté est proposé au locataire, ni dans certains cas de squatteurs.


Les coûts de la procédure

Une procédure d'impayé et d'expulsion représente un coût significatif pour le bailleur.

| Poste de dépense | Coût indicatif | |---|---|---| | Commandement de payer | 150 à 300 € | | Assignation au tribunal | 200 à 400 € | | Avocat (si nécessaire) | 1 000 à 3 000 € | | Commandement de quitter les lieux | 150 à 300 € | | Expulsion effective | 300 à 600 € | | Serrurier, déménagement | 500 à 2 000 € | | Total estimé | 2 300 à 6 600 € |

Ces frais s'ajoutent aux loyers perdus pendant toute la durée de la procédure, qui peut durer de 6 mois à plus de 2 ans selon les cas.

C'est pourquoi la souscription d'une GLI est souvent un investissement judicieux : le coût annuel de l'assurance est dérisoire comparé au coût potentiel d'une procédure d'impayé.


Le traitement fiscal des loyers impayés

Les loyers impayés posent un problème fiscal délicat.

Au régime réel

Les loyers sont imposables au titre de l'année où ils sont dus, même s'ils n'ont pas été effectivement perçus. Cela signifie que vous devez déclarer et payer des impôts sur des revenus que vous n'avez pas reçus.

Toutefois, vous pouvez déduire les provisions pour créances douteuses si vous pouvez justifier de démarches de recouvrement (mise en demeure, procédure judiciaire). Lorsque la créance devient définitivement irrécouvrable (liquidation judiciaire du locataire, procès-verbal d'insolvabilité), vous pouvez alors la passer en pertes.

Au régime micro-foncier

Au micro-foncier, vous déclarez les loyers effectivement encaissés. Les loyers impayés ne sont donc pas déclarés tant qu'ils ne sont pas perçus. C'est un avantage de ce régime en cas d'impayé.


La prévention contractuelle dans le bail

Le bail de location est votre premier outil de protection. Assurez-vous qu'il contient :

  • Une clause résolutoire claire et conforme (résiliation de plein droit en cas d'impayé)
  • Les modalités de paiement précises (date, mode de paiement)
  • Les coordonnées du garant et l'acte de cautionnement en annexe
  • La mention de la GLI ou de Visale le cas échéant

Rappelons que le dépôt de garantie n'a pas vocation à couvrir les impayés de loyer en cours de bail. Il sert à garantir les obligations du locataire à la sortie (réparations, remise en état). N'utilisez pas le dépôt de garantie pour compenser des impayés sauf en fin de bail.


Tableau récapitulatif : procédure de recouvrement des impayés

ÉtapeActionDélai indicatif
1Relance amiable (téléphone, email, courrier)J+5 à J+15
2Mise en demeure (LRAR)J+15 à J+30
3Déclaration GLI/VisaleAvant J+30
4Commandement de payer (commissaire de justice)J+30 à J+45
5Délai du commandement2 mois
6Clause résolutoire acquise6 semaines après commandement
7Audience au tribunal2 à 6 mois après assignation
8Jugement + commandement de quitter2 mois de préavis
9Expulsion effectiveHors trêve hivernale
Durée totale estimée6 à 24 mois

FAQ : loyers impayés et recours du bailleur

À partir de quand un loyer est-il considéré comme impayé ?

Un loyer est considéré comme impayé dès le lendemain de la date d'exigibilité prévue au bail (généralement le 1er ou le 5 du mois). En pratique, il est courant d'accorder quelques jours de tolérance, mais juridiquement le retard court dès le jour suivant l'échéance.

Peut-on expulser un locataire en hiver ?

Non, la trêve hivernale interdit toute expulsion effective du 1er novembre au 31 mars. Cependant, la procédure judiciaire peut se poursuivre pendant cette période : vous pouvez obtenir un jugement d'expulsion, mais son exécution sera reportée après le 31 mars.

La GLI couvre-t-elle les frais d'avocat ?

Oui, la plupart des contrats de GLI incluent une prise en charge des frais de procédure, y compris les honoraires d'avocat, les frais de commissaire de justice et les frais de tribunal. Vérifiez les plafonds et les conditions de votre contrat.

Peut-on cumuler GLI et garant ?

En principe, non. La loi interdit de cumuler une garantie d'impayé (GLI) avec un cautionnement par une personne physique, sauf si le locataire est étudiant ou apprenti. Vous devez choisir l'un ou l'autre.

Que faire si le locataire a des difficultés financières ?

Avant d'engager une procédure contentieuse, explorez les solutions amiables : plan d'apurement (échéancier de remboursement), orientation vers les services sociaux (FSL - Fonds de Solidarité pour le Logement), saisine de la commission de surendettement. Un accord amiable est toujours préférable à une procédure longue et coûteuse.

Les loyers impayés sont-ils déductibles des impôts ?

Au régime réel, les loyers impayés restent imposables l'année où ils sont dus. Vous pouvez constituer une provision pour créances douteuses déductible si vous justifiez de démarches de recouvrement. La créance irrécouvrable est déductible l'année de la constatation de la perte. Au micro-foncier, seuls les loyers effectivement encaissés sont déclarés.

Combien de temps dure une procédure d'expulsion ?

De la première relance à l'expulsion effective, comptez en moyenne 12 à 18 mois, voire plus si la trêve hivernale interrompt l'exécution. Les délais varient considérablement selon l'encombrement du tribunal, l'attitude du locataire et la période de l'année.


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